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L’arbre qui renaît de ses racines

  • Photo du rédacteur: Adeline Techer
    Adeline Techer
  • 15 juin
  • 3 min de lecture

L’if, le secret de mon nom


Mon nom vient d’un arbre.


Je porte le nom de Techer. C’est un nom de la Réunion, l’île de mes ancêtres, mais sa racine est portugaise : à l’origine, il s’écrivait Teixeira. Et Teixeira vient d’un seul mot, teixo, qui veut dire l’if — du latin taxus. Le nom désignait autrefois une forêt d’ifs, un lieu où cet arbre poussait en abondance.


C’est en remontant le fil de mes ancêtres venus du Portugal que je l’ai découvert : je portais, sans le savoir, le nom d’un arbre. Aujourd’hui, je me demande si certains noms ne nous choisissent pas autant que nous les portons.


Un arbre qui traverse les siècles


L’if est l’un des arbres les plus anciens du monde. Certains approchent les mille ans, parfois davantage : ils étaient là bien avant nous, et seront là bien après. Mais leur plus grande énigme n’est pas leur âge. C’est leur façon de sans cesse recommencer.


Avec le temps, le tronc se creuse. Le cœur se vide, devient une cavité sombre, comme si l’arbre s’effaçait de l’intérieur. On croirait qu’il s’éteint. C’est l’inverse. Une branche descend lentement dans ce cœur creux, plonge jusqu’au sol, s’enracine — et devient un nouveau tronc, à l’intérieur de l’ancien. L’if se régénère par son propre vide. Il renaît de ses racines, dans le noir de son centre.


Là est sa leçon : l’obscurité du cœur n’est pas une fin. C’est dans ce qui semble creux et éteint que la vie se rassemble pour recommencer.


La seule douceur de tout l’arbre


Presque tout, chez l’if, est toxique. Le bois, les aiguilles, les graines : mieux vaut ne pas y goûter. L’arbre se protège ainsi depuis toujours, gardant son mystère jusque dans ses fibres.


Sauf une chose. Une seule.


Une petite baie rouge, tendre et lumineuse — le seul éclat de couleur sur un vert si profond qu’il en paraît noir. Dans cet être tout entier défendu, c’est l’unique offrande. Et cette offrande, l’if ne la garde pas. Il la donne aux oiseaux.


Ils viennent la cueillir, l’emportent, et plus loin déposent la graine intacte. C’est ainsi, et seulement ainsi, que l’if voyage. Tout en lui tient le monde à distance — pour mieux confier son avenir à ce seul point de douceur, et à ceux qui sauront l’emporter au loin. Cet arbre immense, immobile, presque éternel, remet sa descendance à ce qu’il a de plus fragile : un fruit minuscule et un battement d’ailes.


Il ne se répand pas par la force, mais par ce qu’il donne.


Un cœur que l’on vient veiller


En Normandie, il existe des ifs si anciens, si vastes, que leur tronc creux est devenu un abri. On peut entrer dans leur cœur. Et à l’intérieur de l’un d’eux se tient, depuis des générations, un lieu de recueillement — niché dans le bois même de l’arbre.


Un cœur creusé par les siècles, et dans cette obscurité, quelque chose que l’on vient garder. Le noir qui n’enferme rien : il abrite, au contraire, ce que l’on a de plus précieux.


L’if se vide, et c’est ainsi qu’il dure.


Voilà l’arbre de mon nom. Tout entier sombre et secret, il n’offre au monde qu’un seul éclat — le rouge d’une baie, qu’il confie au vent et aux oiseaux. Il se creuse sans s’éteindre. Il garde sa lumière au plus profond de son ombre. Et de ce cœur noir, inlassablement, il renaît.


Je ne pouvais pas porter un nom qui me ressemble davantage

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